Depuis 2021, la région des Savanes au Togo est devenue un lieu de refuge pour des milliers de Burkinabè fuyant l’insécurité croissante liée à la crise sahélienne. Face à cet afflux, les autorités togolaises, à travers la Coordination Nationale d’Assistance aux Réfugiés (CNAR), avec le soutien technique et financier du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR), ont multiplié les efforts pour garantir une protection effective à ces populations.
Après quatre grandes opérations d’enregistrement entre 2023 et 2025, 41 773 Burkinabé ont officiellement obtenu le statut de réfugié au Togo. Aujourd’hui, une nouvelle étape cruciale est engagée : la délivrance des cartes d’identité de réfugié, documents essentiels pour l’exercice des droits fondamentaux et l’intégration socio-économique des réfugiés.
Une mission de proximité pour répondre à un besoin urgent
Du 22 mai au 16 juillet dernier, une opération délocalisée de délivrance de carte de réfugié s’est tenue dans la région des Savanes du Togo. Cette opération a permis de produire et de distribuer 10 972 cartes d’identité de réfugié directement dans les cantons de Biankouri, Cinkasse, Nadjoundi, Sam-Naba, Timbou, Koundjoare, Mandouri, Dapaong, Kantindi, Korbongou, Kourientre, Louanga, Nanergou, Natigou, Pana, Poissongui, Sanfatoute et la préfecture de Toaga.

Cette approche décentralisée est motivée par la volonté de faciliter l’accès aux documents d’identité, tout en répondant à l’urgence d’offrir à ces personnes en déplacement les moyens de circuler librement, d’accéder aux services de base, de travailler, ou encore de bénéficier de l’aide sociale.

La carte d’identité constitue la preuve tangible du statut de réfugié. Elle ouvre l’accès à la sécurité juridique, à l’éducation, aux soins de santé, à l’inclusion dans les programmes de développement nationaux et à la participation active à la vie économique.
«La carte d’identité des réfugiés est vraiment importante car elle permet au titulaire de pouvoir circuler librement sur le territoire togolais. Elle vaut également titre séjour et de résidence tout en permettant aux réfugiés de pouvoir réaliser toutes les opérations qui nécessitent la présentation de carte d’identité. Elle est également importante pour les différentes assistance qui sont apportées aux réfugiés parce qu’elle est la preuve que son titulaire est officiellement reconnu par les autorités togolaises», a souligné M. MAWAMA Bafa’ana, Chef Division Protection Juridique de la CNAR.
«Le manque de carte de réfugié constituait un véritable blocage pour nous. Car, il fut un temps, nous avions écartés d’une opportunité de “Tontine” pour faute de carte. Maintenant que nous avons cette carte, nous sommes vraiment dans la joie car nous pouvons circuler librement et faire nos activités» a affirmé Mme KONTCHEDE Adjara, réfugiée burkinabè vivant à Sanfatoute, Dapaong.
«Mon fils voudrait m’envoyer de l’argent depuis le Burkina. Mais parce que je n’ai pas de carte, il ne me l’a pas pu envoyer. Dès à présent que nous avons obtenu la carte de réfugié, l’opportunité nous est donnée de faire des opérations économiques», déclare M. SABDANO Kalanfie, Président des réfugiés dans le canton de Sanfatoute à Dapaong.

Par ailleurs, la mission a également permis de réaliser :
- La formation à l’intention des agents de la CNAR, des externes recrutés et les agents de la DGDN pour l’opération.
- La mise à jour des données individuelles des réfugiés enregistrés dans la base de données de la CNAR sur les réfugiés (ProGres V4), à travers la vérification de leur identité sur présentation de preuves ;
- L’enregistrement des nouvelles naissances, garantissant ainsi aux enfants réfugiés une reconnaissance légale dès leur plus jeune âge.

Une collaboration interinstitutionnelle
Conformément à la législation nationale, la Direction Générale de la Documentation Nationale (DGDN) est chargée de la production des cartes. Toutefois, afin de répondre aux spécificités du contexte, la production a été exceptionnellement délocalisée dans les localités d’accueil, en étroite collaboration avec la CNAR, les services du Programme d’Urgence de Renforcement de la Résilience (PURS), l’Agence Nationale de la Protection Civile (ANPC) et le HCR.
Cette synergie entre institutions nationales et partenaires techniques permet de renforcer la protection effective des réfugiés tout en optimisant les ressources et en réduisant les délais de délivrance des documents.

Une mission aux retombées durables
L’aboutissement de cette mission marquera une avancée majeure pour les droits des réfugiés au Togo. En obtenant leur carte, les réfugiés pourront mieux s’intégrer, se déplacer en sécurité, et contribuer à la vie économique et sociale de leur milieu d’accueil.
Plus qu’une simple opération administrative, cette mission témoigne de l’engagement du Togo à honorer ses engagements internationaux (Convention de Genève de 1951, Convention de l’OUA de 1969) et sa volonté de construire un modèle d’accueil et d’inclusion digne, humain et durable.









